En décembre 2004 il a été question aux Pays-Bas d’un moment historique à plus d’un égard. Les trois synodes de « l’Église Réformée néerlandaise », des « Églises Réformées aux Pays-Bas » - dont je suis moi-même issu - et de « l’Église Évangélique-Luthérienne au Royaume des Pays-Bas » ont décidé de fusionner à partir du premier mai de cette année, et de continuer sous le nom de « Église Protestante aux Pays-Bas ». Pour adopter de telles décisions - cela se comprend dans un cas pareil - les synodes avaient besoin d’une majorité exceptionnelle des voix : deux tiers des voix en faveur ? et pour l’église luthérienne il fallait même les trois quarts des voix. Aussi, il est clair que la décision de fusionner a pu compter, fort heureusement, sur un très large soutien au sein des trois églises. Pourtant dans l’aile calviniste-orthodoxe de « l’Église Réformée néerlandaise » il existe (encore) une forte réticence contre cette décision.
Avec cette décision se termine une période de quarante ans (!) de dialogue et de discussions sur les pour et les contre d’une fusion. Déjà pour cette raison l’on peut parler d’une décision historique. Les trois synodes ont également reconnu un nouveau règlement ecclésiastique pour l’« Église Protestante aux Pays-Bas ». Toutes les paroisses des trois églises - plus de 2200 réparties dans tout le pays - appartiendront à la nouvelle église. Quiconque est membre d’une de ces paroisses deviendra automatiquement membre de l’« Église Protestante aux Pays-Bas ». Il s’agit de plus de deux millions et demi de membres.
Si je veux dresser un bilan, mes sentiments sont - malgré tout - mitigés. D’abord il y a quand même de la satisfaction. Je suis très heureux que l’on ait eu le courage de laisser prévaloir les choses qui nous lient plutôt que celles qui nous divisent, alors que d’une manière générale - surtout aux Pays-Bas - les églises et leurs organisations ne brillent pas dans le domaine de la collaboration et de l’unité. C’est un résultat positif qui contribue énormément à la crédibilité et à l’efficacité des églises. Ensuite j’espère que plus de temps et d’énergie seront désormais disponibles pour s’attaquer aux vrais problèmes. Après bien des années où l’attention était tournée vers l’intérieur, vers des processus internes d’ordre ecclésiastique, il est grand temps de se consacrer au travail de l’église tournée vers l’extérieur : à la tâche de propager le message du Christ. Comment les églises pourraient-elles contribuer à une vision plus crédible et compréhensible de ce que Jésus a vu comme le droit chemin dans la vie, et cela pour tous les gens dans notre société moderne, justement aussi au-delà des cadres et des frontières de nos églises ? Et c’est précisément là que se situe ma déception.
À l’article quatre du règlement ecclésiastique il est question du contenu, de ce que l’église veut signifier : « La profession de foi de cette église a lieu en communion avec la confession de foi de nos ancêtres, telle qu’elle fut exprimée dans la Confession Apostolique, la Confession de Nicée et la Confession d’Athanase - par lesquelles l’église se sait liée à l’église chrétienne universelle de la Confession d’Augsburg et du Catéchisme de Luther - par lesquels l’église se sait liée à la tradition luthérienne ? ainsi que dans le Catéchisme de Heidelberg, le Catéchisme de Genève, et la Confession de foi néerlandaise définie par les Doctrines de Dordrecht - par lesquels l’église se sait liée à la tradition réformée. » Je comprends les arguments légitimes de tradition et de diplomatie ecclésiastique qui ont joué un rôle ici. Mais je trouve que pour une nouvelle église cherchant une nouvelle inspiration tout ceci reste beaucoup trop tourné vers le passé - reflétant notamment les idées et les discussions théologiques du XVIe siècle - et pas assez vers le présent et l’avenir.
Si seulement l’on osait vraiment compléter le processus de fusion en le faisant aussi sur le plan du contenu, ce serait faire preuve de courage et de protestantisme dans le bon sens du terme, vu que pour un protestant une confession de foi n’est par définition qu’un document limité dans le temps. Alors en commun on pourrait poser la question : qui est Dieu, qui est Jésus-Christ et qu’est-ce que le Saint-Esprit ? Que signifient-ils pour moi maintenant, aujourd’hui, dans notre société, pour les trois grandes questions qui se posent sur le chemin de ma vie : qui suis-je ? où est-ce que je vais ? et que dois-je faire ici et maintenant, dans cette vie ?
Je participerais volontiers à un tel processus, j’appartiendrais volontiers à une église qui donnerait un sens à ma vie et des réponses à mes questions.
D.J. Couvée, pasteur de la Communauté Protestante Néerlandaise au Luxembourg