Une fois l’an, pour la fête de la Pâque, Jérusalem vivait une sorte de JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse), ou de Kirchen- ou Katholikentag ! Des dizaines de milliers de pèlerins affluaient, les offices religieux étaient bondés, les prêtres et grands prêtres s’affairaient, la ferveur de la foule était sincère et tout Jérusalem vibrait d’un seul cœur religieux ! L’ambiance devait y être si extraordinaire qu’on en arrivait à oublier soucis, préoccupations et même enfants, puisque c’est à une pareille occasion que Marie cherchera Jésus pendant trois jours ... avant de le retrouver (Luc 2,41-51). Puis, la fête finie, chacun s’en retournait chez soi, encore tout imprégné de cette ambiance si chaleureuse, pour affronter le quotidien, souvent moins enthousiasmant.
Le quotidien, Jésus l’a vécu, lui aussi, avec ses disciples : jalousies, rivalités, luttes de pouvoir et d’influence, coups bas, médiocrité et mesquineries. Les grands rassemblements festifs sont loin, l’heure est aux toutes petites assemblées ! C’est peut-être dans un de ces moments-là qu’il leur dit : Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ...*. Eh oui, l’Eglise c’est aussi cela : deux ou trois vieilles femmes à la messe ou au culte, quand ce ne sont pas des sœurs, des pasteurs à la retraite ou des membres des conseils qu’on pourrait appeler affectueusement les « enrôlé(e)s de force de l’Eglise ». Y a-t-il un problème au petit nombre ? Je constate que c’est nous qui en faisons un. Pas Jésus ! Nous pour qui le nombre est critère de qualité et de piété. Ah, comme nous aimons les mathématiques en Eglise : additionner les paroissiens, soustraire les excommuniés, diviser les confessions, multiplier les déclarations. Jésus, lui, ne semble pas avoir goût pour ces mathématiques-là. Deux ou trois lui suffisent. Deux ou trois, c’est un couple ou une famille qui commence sa journée par une lecture biblique, c’est deux ou trois ami(e)s qui prient ensemble, c’est deux ou trois paroissiens qui décident d’une action et qui la conduisent à terme, c’est un patron et deux employés qui pratiquent la justice sociale, etc., etc.
Mais attention, le Christ ne privilégie pas pour autant le petit groupe. Il ne dit pas non plus : Commencez déjà par deux ou trois, le succès viendra plus tard, ni : Contentez-vous de deux ou de trois, faute de mieux. Ne (re)cédons pas tout de suite aux vieux démons des mathématiques et tenons-nous en bien aux paroles de Jésus. Une communauté n’a ni à se vanter de sa petitesse, ni à s’en désoler. Elle a tout simplement à vivre ce qui lui est donné de vivre : la présence du Christ. C’est tout.
Michel Faullimmel, pasteur
Eglise Protestante
* Matthieu 18,20